Histoire de l’Acadie

Il était une fois l’Acadie

1603

Suite aux découvertes de Jacques Cartier, Henri IV, roi de France, accorde à Pierre Duga DeMonts le titre de lieutenant général des côtes et confins de l’Acadie, du Canada et autres lieux en nouvelle France.

L’année suivante, DeMonts arrive en Acadie accompagné de Jean de Biencourt, dit Poutrincourt, Samuel de Champlain et 120 hommes.  Ils s’installent à l’île Sainte-Croix après avoir exploré les rives de la baie française.

Après un hiver difficile où une trentaine de français meurent du scorbut, DeMonts décide de transporter la colonie sur la rive nord du bassin de Port-Royal pour y établir le fort du même nom.

En 1606, Poutrincourt est nommé lieutenant général de l’Acadie.  DeMonts en devient le gouverneur.  Arrivée en Acadie de Louis Hébert, pharmacien, de Marc Lescarbot, avocat et d’une cinquantaine de laboureurs et d’artisans.

En 1607 Poutrincourt est contraint de rentrer en France avec tout le personnel.  Le roi vient de leur retirer le privilège exclusif de la pêche et de la traite des fourrures.  Ils ne peuvent plus assurer le financement de la colonie.  Champlain part fonder Québec.

1610

De retour à Port-Royal, Poutrincourt est accompagné de Louis Hébert, Claude Latour et son fils Charles en plus des laboureurs et artisans.  On compte faire de l’Acadie une seigneurie. Mais la colonie va subsister de peine et de misère jusqu’à une première altercation avec les colons anglais nouvellement installés en Virginie.

Sans déclaration de guerre, l’Angleterre étant en paix avec la France, le capitaine virginien Samuel Argall s’empare du nouvel établissement Saint-Sauveur en 1613 et saccage Port-Royal alors désert puisque les hommes sont à la chasse.

L’année suivante, l’Acadie est désormais dirigée par Charles de Biencourt et Charles de Latour.  Grâce aux revenus de la pêche et de la chasse, on parvient à reconstruire Port-Royal.  Mais l’Acadie est de plus en plus délaissée par la mère patrie.

1621

Jacques 1er, roi d’Angleterre, revendique toute l’Acadie, lui donne le nom de Nouvelle-Écosse et la cède à Sir William  Alexander, gentilhomme écossais.

Dès 1628, croyant l’Acadie perdue, Charles Latour se rallie à Alexander et reçoit pour lui et son fils les titres de baronnets de la Nouvelle-Écosse.  Alexander installe 70 hommes à Port-Royal qu’il nomme Fort Charles.

Par le traité de Suze en 1629, négocié par la république de Venise, le cardinal Richelieu, ministre du roi de France, impose aux anglais la restitution «de toutes choses en leur état antérieur ».

Dès 1632, un conflit se dessine dans la confusion.  Richelieu nomme son cousin Isaac de Razilly lieutenant général de l’Acadie.  Il arrive avec 300 hommes d’élite et s’installe à la Héve.

Mais entre temps, le roi lui-même nomme Charles Latour lieutenant général de l’Acadie.  Ce dernier s’installe à l’embouchure du fleuve St-Jean.

Razilly meurt en 1635.  Son cousin Charles DeMenou d’Aulnay lui succède.  Désireux de diriger seul la colonie, il s’embrouille avec Latour ainsi qu’avec Nicolas Denys, nouvellement installé dans la seigneurie de Miscou pour y faire du commerce.

1635

C’est le début d’une longue querelle qui tourne en guerre ouverte en Acadie entre d’Aulnay et Latour jusqu’au départ de ce dernier qui se réfugie à Québec.

Pour sa part, Nicolas Denys en ressortira ruiné n’ayant pas réussi à développer et coloniser ses terres.

D’Aulnay meurt noyé en 1650 près de Port-Royal. Il est aussitôt remplacé par son bailleur de fonds, Emmanuel LeBorgne. LeBorgne reprend les attaques contre Latour et Nicolas Denys pour le contrôle du commerce, de la pêche et des fourrures.

1654

Le major Robert Segewick entreprend une expédition de 4 navires et de 500 hommes contre l’Acadie qui a été déclarée «possession illégitime des français ».  La colonie retombe pour ainsi dire sans résistance aux mains de l’Angleterre.  Latour est fait prisonnier.

Alors que Mazarin nomme LeBorgne gouverneur de l’Acadie, Olivier Cronwell, alors en Angleterre, nomme Sir Thomas Temple gouverneur de la Nouvelle-Écosse. Ce dernier étant l’héritier de Sir William Alexander.

1667

Par le traité de Bréda, l’Angleterre s’engage à restituer l’Acadie à la France en échange d’îles dans les Antilles.  LeBorgne est confirmé dans ses fonctions et nomme son fils Alexandre gouverneur et lieutenant général du roi en Acadie.

En 1670, Louis XIV nomme Hector d’Andigné, sieur de GrandFontaine, gouverneur de l’Acadie alors que LeBorgne fils devient seigneur de Port-Royal.  La même année, GrandFontaine entreprend de faire un vrai recensement de l’Acadie dont la population est d’environ 500 personnes.

Dès 1670, voyant le commerce négligé avec la mère patrie, les Acadiens se tournent vers les Bostonnais pour obtenir les produits manufacturiers nécessaires à leurs besoins.  Ils vendent ainsi aux Anglais le surplus de leur récolte.  En fait, abandonnés par la France, les Acadiens développent une attitude d’indépendance face à l’autorité royale française.

1676

Le développement de l’Acadie se poursuit.  Le Conte de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, concède à Michel Leneuf de la Vallière toute la région de Beaubassin.

Étant trop à l’étroit à Port-Royal, Pierre Thérriot décide d’aller s’installer au Bassin des Mines en 1680.  On y construit des dignes et des aboiteaux pour y assécher les terres.  On crée alors les paroisses de St-Joseph, Rivière-aux-Vieux-Habitants, Rivière-aux-Gaspareaux et Grand-Pré.

Louis-Alexandre Des Friches de Meneval est nommé Gouverneur de l’Acadie en 1687.  Dès son arrivée, il constate l’état lamentable de la colonie.  Les navires de ravitaillement arrivent d’urgence de France afin d’améliorer l’état de Port-Royal.  Mais l’ingénieur doit repartir laissant le fort inachevé.

Pendant que la guerre a repris de plus belle entre la France et l’Angleterre, les Bostonnais en profite pour tenter de s’emparer à nouveau de l’Acadie.

1690

L’amiral Sir William Phipps se présente devant Port-Royal avec quatre navires de guerre.  Ménéval ne peut opposer que 70 soldats contre plus de 700 Anglais.  Il capitule.  Manquant à sa parole, Phipps fait saccager Port-Royal et brûler les maisons avant de repartir.  Les Français s’installent à Jemseg sur la rivière St-Jean.

En 1691, le capitaine Edward Tyng se rend établir une garnison anglaise à Port-Royal.  En route vers l’Acadie, le nouveau gouverneur de l’Acadie, Joseph deVillebon, capture le capitaine Tyng et le fait prisonnier.  Villebon part établir un fort à Nashwaak jugeant Port-Royal trop risqué.

1697

Par la paix de Ryswick, l’Angleterre reconnaît à nouveau la possession de l’Acadie par la France.  Ce ne sera qu’un court répit avant la reprise des hostilités entre les deux puissances européennes.

Pierre Thibodeau fonde en 1698 Chipoudy et Peticoudiak.  Les communications avec la France étant de plus  en plus difficiles, les Acadiens se tournent vers la Nouvelle-Angleterre pour le commerce et ainsi se procurer matériaux et outils.

L’année suivante, Mathieu Martin fonde la seigneurie de Cobequid au fond du bassin des Mines.  Il fut cependant confronté au commissaire de la Marine, Mathieu de Gouttin, qui voulait faire dans ces lieux éloignés le commerce d’eau-de-vie avec les indiens.  Mathieu Martin aura finalement gain de cause.

1702

La guerre éclate à nouveau entre l’Angleterre et la France au sujet de l’accession au trône d’Espagne.  Cette guerre va rendre l’Acadie encore plus vulnérable : abandonnée par la France, la colonie sera incapable de se défendre contre les visées de la Nouvelle-Angleterre.

Dès 1704, le colonel Benjamin Church se présente devant Port-Royal avec 1,300 hommes après avoir détruit en route les habitations de Pentagouët et la baie de Passamaquody.  La résistance tant à Port-Royal qu’ailleurs en Acadie va contraindre les Anglais à se retirer après avoir brûlé les habitations et tué le bétail.

En 1707, les Bostonnais échouent deux fois de s’emparer de l’Acadie.  En raison de leurs habitudes de chasse, les Acadiens sont devenus de bons tireurs et s’embusquent en forêt.  Ils se rendent ainsi invisibles aux yeux de l’agresseur anglais.  Les indiens Abénakis participent activement à la résistance acadienne.

Trois ans plus tard, les Anglais sont déterminés d’en finir avec l’Acadie. Ils se présentent à Port-Royal avec 3,400 hommes, soit 10 fois plus que la défense acadienne disponible.  Port Royal capitule après 10 jours de siège.  La résistance en région sera vaine.  L’Acadie devient pour de bon la Nouvelle-Écosse.

1713

Par le traité d’Utrecht, la France cède définitivement l’Acadie à l’Angleterre, mais garde possession de l’Ile Royale, l’Ile St-Jean et la côte nord de la Baie Française.  Déjà se dessine le projet d’une déportation massive de la population acadienne.

Très tôt, il devient évident que les Anglais n’ont pas l’intention de respecter l’entente assurant la liberté aux Acadiens.  On les empêche de partir afin de les employer à entretenir la colonie et à nourrir la garnison britannique restée sur place.

Les Acadiens tenteront d’émigrer en territoire encore français.  Mais les Anglais les en empêcheront de crainte qu’ils ne prennent éventuellement les armes contre eux.  Ils tenteront en outre à plusieurs reprises de leur faire prêter le serment d’allégeance au roi d’Angleterre, usant même d’intrigue et de tromperie.

1730

Lawrence Armstrong, lieutenant anglais, commence à concéder des terres à des Bostonnais alors qu’il refuse d’en faire autant pour les Acadiens dont la population s’accroît rapidement.  Ils seraient déjà près de 5,000.

Durant les années suivantes, bon nombre d’Acadiens partent de la Nouvelle-Écosse pour s’établir en territoire français (le Nouveau-Brunswick actuel), près de Beaubassin ainsi qu’à l’Ile Royale où a été construite la forteresse de Louisbourg.

1744

Nouvelle guerre entre l’Angleterre et la France.  L’abbé LeLoutre, à la tête d’une bande d’indiens Micmac, échouera dans sa tentative de mettre le siège devant Port-Royal.  Les Acadiens sont tiraillés entre leur amitié face aux Français et la crainte de représailles de la part des Anglais.

L’année suivante, la superbe forteresse Louisbourg tombe aux mains des Anglais.  Elle sera restituée à la France en 1748 lors du traité d’Aix-la-Chapelle, mettant fin au conflit.  L’Acadie demeure toujours possession britannique.

En 1749, l’Angleterre entreprend des efforts de colonisation de la Nouvelle-Écosse.  Plus de 2,500 Anglais, Écossais et font leur arrivée avec à leur tête Edward Cornvallis.  On fonde Halifax où sera le siège du gouvernement.  3,000 Acadiens émigrent à l’Ile St-Jean.

L’année suivante, le major Charles Lawrence débarque à Beaubassin à la tête de 1,000 hommes pour y ériger un fort qui portera son nom.  En face, les Français ont établi le fort Beauséjour et le fort Gaspareaux en plus des fortifications aux postes de Memromcook, Petitcoudiak et Chipoudy.

1753

Devenu gouverneur de la Nouvelle-Écosse, Charles Lawrence entreprend le projet d’une déportation massive de tous les Acadiens avec l’aide du colonel Robert Monckton et autres volontaires américains.  Ce projet sera mis à exécution deux ans plus tard.

Sous la direction du colonel Monckton, les Anglais veulent en finir avec  la présence française sur la côte nord de la Baie de Fundy.  Après une faible résistance, le Fort Beauséjour capitule et devient le Fort Cumberland.  C’est la fin de ce qu’on appelait la Nouvelle-Acadie.

1755 – 1758

Dates sombres de la tragédie acadienne : entassés dans le fond des bateaux, plus de 12,000 Acadiens, incluant femmes et enfants, sont déportés le long des côtes de l’Amérique du Nord et en Europe.  Plusieurs navires coulent avant d’atteindre leur destination.  Les déportés qui arriveront à destination survivront de mal et de misère.

Plusieurs Acadiens arrivent à s’enfuir et à se rendre en territoire français où les Anglais les pourchassent.  Leur situation ne sera pas mieux que celle des déportés.  Une bonne partie de ceux-ci mourra de faim et de maladie, notamment dans la Miramichi où se réfugient 3,500 Acadiens.

La prise de Louisbourg en 1758, suivie de sa totale destruction, signifiera la fin de la colonisation française en Acadie.  La forteresse d’à peine 30 ans n’aura été pour la France qu’une source d’ennuis et de dépenses ayant pour elle peu d’intérêt.

1763

Le traité de Paris qui met fin au conflit entre la France et l’Angleterre marquera le début d’un retour progressif des Acadiens.  Mais la venue des Loyalistes fuyant la révolution américaine forcera les Acadiens à s’établir plus au nord et, pour la plupart, de passer d’agriculteurs à pêcheurs

1997

Les Acadiens sont toujours nombreux à habiter les provinces des Maritimes où on y compte plus de 300,000 francophones.  Les deux tiers habitent le Nouveau-Brunswick, au nord et le long de la côte est.  D’autres communautés acadiennes se trouvent en Nouvelle-Écosse et à l’Ile-du-Prince-Édouard. Ils sont très actifs dans tous les domaines économiques, sociaux et culturels.

BIBLIOGRAPHIE :

Lauvrière, Émile, LA TRAGÉDIE D’UN PEUPLE, Histoire du peuple acadien de ses origines à nos jours, Tome I et II, Librairie Plon, 8, rue Garancière, Paris, 1924.

Lauvrière, Émile, BRÈVE HISTOIRE TRAGIQUE DU PEUPLE ACADIEN, Son Martyre et sa Résurrection, Librairie D’Amérique et d’Orient, Paris, 1947, 204 pages.

Bernard, Antoine, HISTOIRE DE L’ACADIE, L’Évangéline Ltée, Moncton, N.-B., 1938, 130 pages.

Lanctôt, Léopold, L’ACADIE DES ORIGINES, Éditions du Fleuve, 1988, 234 pages.

Griffiths, Naomi, THE CONTEXTS OF ACADIAN HISTORY, McGill-Queen’s University Press, Montreal, 137 pages.

Jones, Elizabeth, GENTLEMEN AND JESUITS, Quests for Glory and adventure in the early days of New France, University of Toronto Press, Toronto, 280 pages.

NOTRE HÉRITAGE ACADIEN, L’histoire du groupe ethnique acadien de 1524 à 1755, L’Imprimerie de l’Université Sainte-Anne, Pointe de l’Église, N.-É., 1979, 207 pages.

Webster, John Clarence, ACADIA AT THE END OF THE SEVENTHEENTH CENTURY; letters, journals and memoirs of Joseph Robineau de Villebon, commandant de l’Acadie de 1690 à 1700, The New Brunswick Museum, Saint John, 1934.

Source: Robert Duguay

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