Source : http://www.zenor.com/bourbonsmag/12missou.htm

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 La France a depuis longtemps perdu ses territoires en Amérique du Nord, et les derniѐres traditions issues des anciens émigrés se diluent petit à  petit dans la culture anglo-saxonne. Il reste toutefois de petits à®lots de mémoire de la France, le plus souvent liés aux Bourbons. Voyage dans le temps et dans l'espace à  Saint-Louis, dans le Missouri, o๠subsiste une cathédrale.

La ville de Saint-Louis, dans l'État américain du Missouri, « La porte de l'Ouest », a joué voici deux siѐcles un rà´le important dans l'histoire des États-Unis. Située au confluent du Mississipi et du Missouri, elle est devenue une place commerciale dѐs l'arrivée des Jésuites et des premiers pionniers, vers 1700. Elle fut également le point de départ de nombreuses caravanes en partance pour les nouvelles terres acquises par les États-Unis à  l'Ouest.

    C'est d'autre part l'une des principales villes du Midwest, formé des États acquis sur la France dans le Old Northwest, et de la Louisiane. Cette région d'émigrants fut peuplée d'Allemands, puis de Hollandais et de Scandinaves. Néanmoins, les plus anciennes colonies du Midwest sont françaises: Vincennes dans l'Indiana, Kaskaskia, Prairie du Rocher et Cahokia dans l'Illinois, Sainte-Geneviѐve, Florissant, Vieilles Mines, Saint-Charles et Saint-Louis dans le Missouri.

    L'héritage français du Midwest survit encore ici et là . à€ Saint-Louis, les vestiges les plus remarquables ont étroitement liés aux Bourbons. Saint-Louis, ainsi qu'une grande partie de la Province française de Haute-Louisiane, dont la capitale est Fort-de-Chartres, a été fondée par le trappeur Pierre Laclede en 1764. Quelques mois plus tard, le village et tout le territoire à  l'Est du Mississipi furent cédés aux Anglais, taudis que l'ouest allait à  Charles III d'Espagne. Fort-de-Chartres devenant ipso facto anglais, le commandement français se déplaça de l'autre cà´té du fleuve et fixa sa capitale à  Saint-Louis.

    Les lois et coutumes de Paris, qui avaient régi la colonie pendant la période française, subsistѐrent en grande partie sous le nouveau gouvernement. Quoiqu'en théorie l'espagnol fà»t la langue officielle et que les fonctionnaires espagnols remplaçassent les Français, nombre de ces derniers furent engagés en Haute-Louisiane. Le français restait d'ailleurs la langue maternelle des habitants. Un lieutenant général fui nommé par le Gouverneur général de la Nouvelle-Orléans pour superviser les affaires du territoire entier. De nombreux colons français quittѐrent alors les terres britanniques pour trouver refuge sur les terres du Roi d'Espagne.

Alliance franco-espagnole

    Pendant la Révolution américaine, Charles 111 s'allia avec les rebelles. Ainsi, à  l'inverse des Franco-canadiens, les Français du Midwest s'opposѐrent à  Georges 111. En juin 1779, le général anglais Haldimand attaqua Saint-Louis avec 1200 hommes; ils furent repoussés par 50 soldats et 280 habitants. La loyauté de Saint-Louis envers le Roi d'Espagne, désormais scellée par le sang, n'allait pas tarder à  se renforcer.

    Le frѐre Gabriel Richard, curé de Vincennes et de Kaskaskia, persuada les Français de l'Illinois et de l'Indiana de se battre du cà´té américain. Mais, avant même le traité de paix de 1783 qui donnait les terres de l'Est du Mississipi aux nouveaux États-Unis, une autre vague de Français poussés par la mauvaise administration et l'anti-catholicisme américain, traversa le Mississipi et fut chaudement accueillie par l'administration espagnole. En 1793, des émigrés royalistes s'installeront prѐs de Sainte-Geneviѐve à  un endroit appelé Nouvelle-Bourbon. Trois années auparavant, ils avaient essayé de s'implanter à  Gallipolis dans l'Ohio. Trouvant leurs voisins américains inhospitaliers, la plupart de ces nobles décidѐrent de se placer sous la protection de Charles IV Leur chapelain à  Gallipolis, dom Pierre Didier, bénédictin de Saint-Maur, avait été chassé de ses fonctions de procureur de l'abbaye royale de Saint-Denis en raison de sa loyauté et de sa fidélité envers Louis XVI. Il accompagna les colons de Gallipolis en Ohio puis dans le Missouri. Il acceptera la charge de la paroisse de Saint-Louis et des missions avoisinantes.

    Fondée en 1764, la paroisse de Saint-Louis, qui porte le même nom que le village, reçut par don royal la propriété sur laquelle s'élѐve aujourd'hui la vieille cathédrale. il manque les deux églises précédentes, la premiѐre bâtie en bois avant 1770, et l'autre beaucoup plus élaborée élevée en 1776. C'est de cette église que dom Didier prit possession. Son ministѐre fui le premier à  établir un lien direct entre la paroisse et les Bourbons. Dom Didier fit beaucoup pour régulariser les affaires religieuses du village, et fit ériger un calvaire.

    En 1800, un an aprѐs la mort du bénédictin, un traité secret entre la France et l'Espagne rendait la Louisiane à  la France; le gouvernement français ne prit pas pour autant le contrà´le de la colonie. En 1803, Bonaparte vendit la Louisiane aux États-Unis. Un commandant espagnol étant en poste en Haute-Louisiane, ceux-ci décidѐrent de transférer le gouvernement à  Saint-Louis, c'est-à -dire d'Espagne en France, puis de France aux États-Unis.

    L'hiver 1803-1804 fut trѐs rude : dѐs novembre, la glace commença à  prendre ; nul ne put traverser le fleuve jusqu' en février. Le major Stoddart, de Kaskaskia, envoya alors une lettre à  don Carlos de Hault de Lassus, l'informant qu'il venait prendre possession des territoires nouvellement acquis par les États-Unis. à€ l'aube du 9 mars 1804, les troupes américaines traversѐrent la riviѐre à  Cahokia et se mirent en ligne avec fifres et tambours, drapeaux au vent. à€ leur tête, le major Anio Stoffart de Boston et le capitaine Meriwether de Virginie les conduisirent vers la maison du gouvernement. Là , don Carlos de Hault de Lassus leur remit au nom de la France les clés de la maison du gouvernement. Une salve de canon secoua Saint-Louis. « Habitants de Saint-Louis, commença Lassus d'une voix émue et brisée, par ordre du Roi, je vais maintenant rendre ce poste et ses dépenses. Vous ne verrez plus le drapeau qui vous a protégé pendant prѐs de trente six ans. Le serment que vous avez jadis prononcé cesse désormais de vous lier. On se rappellera toujours votre fidélité et votre courage pour le maintenir. De tout mon cÅ“ur ,je vous souhaite à  tous prospérité. »

Les derniers jours de la France

    C'est alors que Lassus, Stoddart, Lewis et les soldats gravirent la colline en direction du fort aprѐs être passé devant l'église. Le drapeau espagnol fut amené. Lassus pleura lorsqu'il prit le drapeau, mais, comme les lis de France brillaient dans le soleil, les Créoles poussѐrent des vivais retentissants : ils n'avaient pas vu ce drapeau depuis cinquante ans! Les canons rugirent et les épées furent brandies. Le inajor Stoddart ordonna que le drapeau français soit amené au crépuscule; mais, devant l'insistance des Créoles, il permit qu'il flotta toute la nuit. Une garde d'honneur entoura le drapeau de France et la petite église fut remplie d'adorateurs. Ce fut le dernier jour de la France en Amérique du Nord. Comme la banniѐre tant aimée descendait le long du mât, les tambours battirent un roulement funѐbre; puis, comme on hissait le Stars and Stripes, les fifres jouѐrent, pleins de vie. En trois jours, trois drapeaux avaient flotté sur Saint-Louis.

    Qu'allait-il advenir des Créoles ? à€ l'inverse de leurs cousins de Basse-Louisiane, ils n'étaient guѐre nombreux. Saint-Louis devint, comme indiqué précédemment, un centre de commerce et de colonisation. De ces deux faits résulte la perte de leur caractѐre français; c'est ainsi que la rue Royale devint Main Street, et que les Créoles se repliѐrent sur eux-mêmes ou s'assimilѐrent aux nouveaux arrivants. La fin de leur influence politique survint quand la plupart soutinrent la Confédération pendant la Guerre de Sécession.
 
 
 

Inaugurée en 1834, la cathédrale de Saint -Louis
a été restaurée en 1960. Elle a été déclarée 
basilique en 1961 par le pape Jean XXIII


Surplombant les fonds baptismaux, ce tableau 
représentant le couronnement de Saint-Louis
a été offert en 1818 par le roi Louis XVIII. 

    Beaucoup de vieilles familles françaises de Saint-Louis continuent de donner des prénoms français à  leurs enfants et sont la colonne vertébrale d'institutions telles que la Société Historique du Missouri ou le Country Club de Saint-Louis. Saint-Louis n'en fut pas pour autant oublié en Europe aprѐs son passage sous domination américaine : la chute de Napoléon Bonaparte permettra que des choses soient faites pour la vie religieuse de la cité. Le 24 septembre 1815, le frѐre Guillaume Dubourg fut sacré à  Rome premier évêque de Louisiane et de Floride. Mgr Dubourg, sulpicien qui avait servi à  Baltimore et à  la Nouvelle Orléans, décida d'établir son siѐge à  Saint-Louis. L'évêque partit alors pour la France afin d'y recruter des prêtres et de rassembler des fonds pour son diocѐse. Son voyage de deux ans fut un grand succѐs. il reçut une aide continue des Lazaristes et des Dames du Sacré-Coeur, ces deux ordres détachant des membres aux États-Unis. à€ Lyon, il fut aidé par de nombreuses dames qui, avec le soutien de la bienheureuse Pauline Garicot, allaient former la Société pour la Propagation de la Foi, donnѐrent de l'argent, des vêtements, des services d'autel, des livres ou des tableaux. Parmi les plus éminents donateurs, le roi Louis XVIII qui offrit à  Mgr Dubourg trois peintures : la Madone, saint Bartholomé et saint Louis de France. Ce dernier tableau est probablement l'Å“uvre la plus célѐbre de ce qui est aujourd'hui la vieille cathédrale.

    Mgr Dubourg arriva finalement à  Saint-Louis en 1817 avec tous ces dons.L' année suivante, il commença la construction d'une nouvelle cathédrale à  l'endroit même o๠s'élevait jadis la vieille église en bois. Cependant, elle ne fut jamais finie, et l'édification d'une autre, l'actuelle cathédrale, commença en 1831 et fut achevée en en 1834.

    à€ mesure que le XM siѐcle s'avançait, et que le XXeme siѐcle pointait, le quartier qui s'étendait autour de la cathédrale déclina, comme cela se produit habituellement dans les villes américaines. En 1914, une nouvelle cathédrale fut construite ailleurs, et on dépouilla l'ancienne de sa dignité, en faisant une simple paroisse. Finalement, en 1959, la totalité de ce quartier fut démoli pour faire place au Jefferson National Expansion Memorial. La vieille cathédrale fut l'unique bâtiment épargné.

    Aujourd'hui le marché Soulard, oà¹, depuis plus de deux siѐcles les fermiers apportent leurs produits pour les vendre en ville, et la vieille cathédrale sont les seuls vestiges de l'époque française à  Saint-Louis. Mais pour le voyageur qui s'aventure à  l'intérieur de la cathédrale et contemple le tableau du plus saint des monarques de France, il est difficile de ne pas sentir que l'héritage n'est pas mort, mais simplement endormi.

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