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Auteur: Micheline Lavoie Dussault

 

Un premier ancêtre

 

 

PIERRE DE LA VOYE

I-21611

1630 - 1708

 

Pierre de La Voye serait né vers 1630 (plus ou moins) selon l’âge qu’on lui attribue aux différents recensements de la Nouvelle-France et celui de son acte de sépulture. Il est le fils de Pierre de La Voye et d’Élisabeth Vadois, probablement originaire du village d’Aytré, prѐs de La Rochelle en Aunis ou Charente-Maritime. Je dis «probablement» car ce lieu est celui de son mariage, mais pas nécessairement de sa naissance. Pour l’instant, je ne sait rien de plus sur sa vie en France. Il se marie vers 1650, à  St-Étienne d’Aytré, avec Jacquette Grinon ou Grignon ou Gaignon (toutes ces orthographes différentes sont vues au PRDH [Programme de Recherche Démographique Historique] ); elle est la fille de Pierre Grinon et de Simone Grisot. Ils ont 5 enfants avec eux lorsqu’ils quittent Aytré pour venir en Nouvelle-France. Pourquoi? Quand? Sur quel bateau? Beaucoup de questions, trѐs peu de réponses! Je n’ai aucune certitude, n’ayant aucune preuve tangible!

Quand? Sans être tout à  fait certaine, je peux dire entre 1663 et 1666. Pourquoi ces années d’écart qui laissent une grande marge? D’une part, le Dictionnaire Jetté mentionne la naissance de leur fille derniѐre-née, Olive, vers 1663, à  Aytré, en France. D’autre part, leur fille aà®née, Suzanne passe un contrat de mariage avec Jean Tesson devant le notaire Romain Becquet, à  Québec, le 24 aoà»t 1666. Donc, en quelque sorte, ces deux dates connues me servent de bases. Malgré leur absence dans les écrits du grand recensement de 1666, peut-être parce que leur arrivée au pays est récente, ou peut-être tout simplement par erreur, on peut dire avec certitude que Pierre de La Voye et sa famille sont en Nouvelle-France dѐs 1666. Un jour, peut-être que nous découvrirons un document venant prouver avec exactitude leur date d’arrivée.

Un premier point à  éclaircir: dans la revue de l’association (septembre 1997), j’ai vu pour la premiѐre fois le surnom de «dit la bombarde» accolé au nom de Pierre de La Voye. J’ignore d’o๠vient ce surnom, car aucun des documents (religieux et notariés) que j’ai consulté n’en fait mention. à‡a reste à  prouver! Concernant les armoiries mentionnées dans le même article, encore faut-il pouvoir faire le lien avec l’ancêtre qui nous intéresse pour se permettre de les lui attribuer...

Un deuxiѐme point à  éclaircir: Jacquette Grinon a-t-elle fait le voyage? Le Dictionnaire Jetté, et plusieurs autres sources, mentionne qu’elle n’est pas venue en Nouvelle-France. Mais, selon le PRDH, elle est présente et vivante au mariage de sa fille Suzanne, avec Jean Tesson, le 13 septembre 1666 à  Notre-Dame de Québec. On la retrouve aussi chez le notaire Romain Becquet, à  Québec, le 12 octobre 1666, avec son mari, Pierre de La Voye, pour la «vente d’un demi-quartier de terre situé à  Aytré prѐs La Rochelle, au fief des Buttes, à  Pierre Jamin, capitaine du navire «Le Moulin d’Or» D’autre part, au recensement de 1667, on dit de Pierre de La Voye qu’il est veuf. Donc, Jacquette Grinon vient en Nouvelle-France avec sa famille, mais décѐde peu aprѐs son arrivée. A ce jour, je n’ai pas trouvé de preuve officielle de son décѐs et de sa sépulture. Voilà  donc, la situation de Pierre de La Voye et sa famille avant le recensement de 1667.

Dans le recensement de 1667, pour Cap Rouge, on peut lire une population de 162 habitants répartis dans 30 familles. Parmi ces derniers se trouve: «Pierre de la Croix, fermier de François Pelletier, 35 ans, 20 arpents en valeur, 2 enfants: Marie, 10 ans, Olive, 2 ans.» Une erreur de lecture peut être à  l’origine de la différence de nom: de La Voye et de La Croix... On pense qu’il s’agit bien de notre homme, car «Olive» comme prénom féminin est peu courant dans la colonie. On sait aussi que Pierre de La Voye a une autre fille prénommée Marie. Jusque là , ça va! Mais qu’en est-il de ses 2 garçons, Michel et Jean??? Aprѐs avoir consulté le recensement de 1667, ligne par ligne, dans l’Histoire des Canadiens Français de Benjamin Sulte et les Recensements annotés de la Nouvelle-France d’André Lafontaine, je n’ai trouvé aucune réponse à  cette question...

Plus tà´t, j’ai mentionné les «Filles du Roi», voyons comment elles ont été présentes dans la vie de Pierre de La Voye. Devant le notaire Becquet, le 21 octobre 1667 (selon L’inventaire des greffes de notaires sous le régime français), est annulé le contrat de mariage de Pierre de La Voye avec une «Fille du Roi», Jeanne Burel, fille de Daniel et Anne LeSuisse, car Jeanne épouse André Poutré, le 3 novembre 1667 à  Québec, aprѐs avoir passé le contrat de mariage chez le notaire Rageot le 1 novembre de la même année. La vie, seul avec 4 enfants, devait être difficile pour Pierre. Il passe un second contrat de mariage, avec Anne-Françoise Richard dit Martin, fille de Nicolas et Madeleine Fournier, contrat qui sera encore annulé le 24 décembre 1669, parce que le 5 janvier 1670, toujours devant le notaire Becquet, Anne-Françoise, cette autre «Fille du Roi» épousera Pierre Campagna. Selon Silvio Dumas, dans son livre Les Filles du Roi en Nouvelle-France, avant ces deux tentatives, Pierre aurait passé un contrat de mariage avec une autre «Fille du Roi», Françoise Gérémie, le 29 septembre 1667, contrat aussi annulé; le tout, toujours avec le notaire Becquet. Enfin, le 25 aoà»t 1670, devant Romain Becquet, nouveau contrat de mariage, avec Isabel Loppé, fille de Charles et Catherine Hubert. Née vers 1647, on la dit originaire de St-Sever, dans la région de Rouen, en Normandie; elle apporte des biens estimés à  200 £, en plus de la dot royale de 50 £. Cette fois, c’est la bonne! Devant ce déluge de contrats de mariage annulés, je me suis interrogée... Pierre de La Voye était-il un monstre de laideur? un être immonde et immoral? un pauvre paysan paresseux? Peut-être aucune de ces réponses... Aprѐs avoir lu Raymond Douville (La vie quotidienne en Nouvelle-France), j’ai mieux compris la situation, et, à  travers différentes recherches, j’ai constaté que le cas de Pierre de La Voye et des «Filles du Roi» n’est pas un cas isolé... Aprѐs l’arrivée du contingent annuel des «Filles du Roi» , des présentations officielles étaient organisées en présence de l’intendant et autres dignitaires de la société québécoise. Dans les semaines suivantes, on passait chez le notaire; ensuite on apprenait à  se connaà®tre en attendant la cérémonie religieuse... Ce qui cause la situation que l’on connaà®t, à  savoir: on constate que, réguliѐrement, des annulations des contrats notariés (passé trop rapidement) ont lieu. Dans le cas de Pierre de La Voye, il faut comprendre qu’avec 4 enfants, sans aucune terre à  lui avant 1669, ça ne devait pas être facile de trouver une épouse. Mais Isabel Loppé sera l’épouse de Pierre et lui donnera 8 enfants, comme nous le verrons dans une prochaine publication. Je donne à  Isabel Loppé le nom que j’ai lu sur l’acte notarié de Becquet, mais on la rencontre parfois sous le nom de Élisabeth Aupé ou Aubert.

Pierre est toujours demeuré dans la Seigneurie de Maure, dite aussi de Cap-Rouge, ou St-Augustin, ou de St-Ange. Selon Le Terrier de 1674, de Marcel Trudel, une terre de 3 arpents de front par 30 arpents de profondeur lui est concédée le 5 aoà»t 1669. En 1674, on la dit située entre celle d’Antoine Augeron et de Jacques Fournier. Lorsque Geneviѐve Faux, femme de François Hubert, vend sa terre à  François Tinon, elle est dite en la Seigneurie de Maure joignant la terre de Pierre de Lavoye et celle de Jacques Rousseau, acte passé chez le notaire Chamballon, en 1702. Les enfants de Pierre et Isabel naissent tantà´t à  la Cà´te de St-Ange, tantà´t à  la Riviѐre-aux-Roches, toujours dans la Seigneurie de Maure. Est-ce des terres différentes ou différents noms pour un même lieu? C’est un sujet que je n’ai pas encore approfondi, avec preuve à  l’appui.


En 1670, Pierre de La Voye se retrouve chez le notaire Becquet, le 2 décembre, en compagnie de Laurent Herment (Armand), de Jacques LeMeilleur et de Vincent Crosteau. Tous les quatre passent un marché avec Jean Talon. Le marché est le suivant: livrer «... quatre mille pieds de charpente de cѐdre propre à  faire clostures et palissades, lequel aura de grosseur et longueur, savoir, 20 pieds de long sur huit à  neuf pouces carré, ainsi que des poteaux de 8 pieds de long sur 9 à  10 pouces carré, et les autres piѐces quil conviendra pour la garniture des poteaux de la palissade... ils doivent livrer ce bois... sur le quai de ladite ville de Québec ou à  la brasserie... moyennant la somme de vingt deux deniers pour chacun pied de bois que ledit seigneur Juchereau sera tenu et promet payer audit entrepreneur ou au porteur pour eux...». Donc, à  la fin de 1670, Pierre de La Voye possѐde toujours une terre sur la seigneurie de Maure, travaille à  ce dernier contrat, et vit avec sa deuxiѐme épouse, Isabel Loppé.

Dans les archives québécoises, on mentionne la présence de Pierre de La Voye chez le notaire Rageot, pour une obligation à  Pierre Mercier, boulanger à  Québec. La lecture de cet acte du 10 mai 1677 nous apprend que Pierre de La Voye doit la somme de 28 £ pour du pain, du blé et des pois. Pierre et Isabel n’ont sà»rement pas la vie facile avec 4 jeunes enfants à  nourrir, sans compter les enfants du premier mariage, dont on ignore la présence ou l’absence au foyer familial.

Le recensement de 1681 nous donne des informations intéressantes mais incomplѐtes sur la situation de Pierre de La Voye. Dans la seigneurie de Maure, on note la présence de 175 habitants, répartis dans 34 familles, dont l’inscription suivante: Pierre Lavoye, 50 ans, Élisabeth Aubert, sa femme, 34 ans. Enfants: Marie, 9 ans; Madeleine, 8 ans; Pierre, 6 ans; Vincent, 3 ans; François, 2 ans. 12 arpents en valeur (ce nombre d’arpents en valeur est dans la moyenne par rapport à  l’ensemble de la seigneurie). Le Recensement annoté d’André Lafontaine mentionne que Jean, 17 ans, leur fils, est domestique chez François Bélanger; Olive, 17 ans, leur fille est certainement celle qu’on retrouve domestique chez Jacques Samson. Dans le même livre, quand on cherche François Bélanger, on trouve la mention suivante: Jean de Lavoye, 17 ans, fils de René de Lavoye. Jean, le domestique de François Bélanger, est probablement le fils de René. Par contre, au même recensement dans la seigneurie de Lauzon, chez Jacques Samson, il y a 2 domestiques: Olive, 17 ans et Jean, 24 ans... Ne serait-ce pas le frѐre et la soeur, les deux enfants de Pierre et Jacquette Grinon.... A cause du manque de précision dans les informations, on ne peut que présumer de la chose!

Isabel Loppé, «Fille du Roi», deuxiѐme épouse de Pierre de Lavoye, quitte ce monde le 24 juillet 1687, elle aura sa sépulture à  Beaupré; aucune autre information n’est mentionnée au PRDH. Quand on consulte la revue L’Ancêtre de la Société Généalogique de Québec, à  la rubrique des baptêmes et sépultures de Ste-Anne de Beaupré, on ne trouve aucune mention à  ce sujet.

Pierre de La Voye, veuf, verra le mariage de son fils Jean, en 1690, et aura le bonheur de connaà®tre son premier petit-fils LaVoye du nom de Jean-Baptiste, un des deux seuls garçons à  transmettre le patronyme aux générations futures.

L’acte de sépulture de Pierre de La Voye se lit comme suit: L’an mil sept cent huit, le huitiѐme jour de juillet au soir est décédé dans cette paroisse de St-Augustin le bonhomme pierre La Voye âgé de quatre vingt ans aprѐs avoir été confessé, communié et reçu l’extrême onction. Son corps a été mis dans le cimetiѐre de cette paroisse avec les cérémonies ordinaires le neuf dudit mois de juillet 1708 en présence de Jean Chapeau et d’Antoine Lemarié de ce enquis suivant l’ordonnance.... Ainsi s’achѐve une vie qui semble n’avoir pas été toujours facile, mais grâce à  laquelle nous sommes ici aujourd’hui.

Micheline Lavoie Dussault

 

 

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